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C’est un spectacle régulier auquel les usagers de la ligne 12 sont habitués mais qui pourrait bientôt cesser. Une étrange mue se déclenche tous les trois mois à la station Assemblée nationale. L’espace de quelques jours, les parois concaves des quais se parent de déchirures jaunes, noires, rouges, bleues et blanches. L’espace de quelques jours, la station Assemblée nationale prend des allures d’une immense affiche lacérée à la Villeglé. Et puis, on refait le papier peint.

Blais, chambre double assemblée nationale

Voyageur de la ligne 12, tu as pu, depuis 2004, admirer des bulles rouges, jaunes, bleues… Et, plus récemment, cette ponctuation sur ton trajet a viré au noir et blanc, comme un écho à la morosité ambiante.

La disparition de la couleur sonnait à mes yeux comme l’annonce d’une fin… et si bientôt cessait le manège des mues de la station Assemblée nationale ? Une descente sur le quai s’imposait…

Exempt de toute publicité, le décor de la station Assemblée nationale a été confié en 1990 à Jean-Charles Blais, plasticien. Au premier projet, intitulé Affiche, qui a couru jusque dans les années 2000, a succédé, en 2004, une nouvelle version, La chambre double. D’immenses laies sérigraphiées forment un paysage coloré et mouvant de cercles et d’ovales. Tous les trois mois, ce papier peint est lacéré pour faire place à une nouvelle composition.

Rendez-vous cyclique, ce  « moment des déchirures » témoigne ponctue le quotidien, marque  l’écoulement du temps, le passage des saisons.

Blais, Chambre double, Assemblée nationale

Langage de figures et de couleurs, Chambre double se veut l’écho visuel du travail du parlement français. On y observe un « environnement qui se métamorphose, au gré du renouvellement périodique de l’installation » et où le dialogue entre les signes, fait d’associations et d’antagonismes est très fort.

Blais, Chambre double, assemblée nationale

Faible est la fréquentation de cette station, et rares sont ceux qui patientent sur les quais. Pourtant, la plupart des vidéos de « Chambre double » que l’on trouve sur l’internet sont prises depuis ces quais.  Cinétique, l’œuvre de Blais ne se révèle-t-elle pas mieux depuis les rames ? A l’arrivée en station, le train ralenti, et progressivement se dessinent plus clairement les formes colorées inscrites sur les murs, les bulles se détachent les unes des autres, de plus en plus lentement. Au départ du train, la vitesse les brouille à nouveau… Une belle ponctuation optique, qui fait écho à l’expérience du peintre futuriste Umberto Boccioni, qui, résidant à Paris, dans les années 1910, avait traduit sur toile, dans un tableau intitulé Nord-Sud,  la vision des stations que lui offrait les rames en mouvement.

Blais, chambre double, assemblée nationale

En 2014, prendra fin cette œuvre évolutive, éphémère bien qu’inscrite dans un temps long… Pour laisser place à une autre création ?

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