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Il y a quelques jours, nous fêtions l’anniversaire de la Tour Eiffel. De sa construction nous avons tous en tête trois ou quatre clichés alignés sur une même carte postale : une succession de vues frontales d’un chantier en cours, et une silhouette qui s’élève sur le ciel blanc. D’autres images, bien moins connues, existent et racontent plus intimement cette extraordinaire aventure technique.

Durandelle, 14 janvier 1888, Vue prise des chantiers prise de la 1ère plate-forme : l'échafaudage , photographie, fonds Eiffel, musée d'Orsay/RMN

Durandelle, 14 janvier 1888, Vue prise des chantiers prise de la 1ère plate-forme : l’échafaudage , photographie, fonds Eiffel, musée d’Orsay/RMN

Un Time-Lapse en 1887-1889 : les clichés de Théophile Féau

C’est, avec le Baiser de l’Hôtel de Ville la carte postale « vintage » la plus connue de la capitale : une histoire en quatre temps, quatre images qui scandent les étapes de l’érection de la « tour de 300 mètres », symbole de l’Exposition Universelle de 1889.

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Personne ne met jamais le nom des photographes sur ces images indéfiniment reproduites… Ils furent plusieurs à poser leur trépied à proximité des Invalides ou au sommet de la colline de Chaillot, et certains sont restés anonymes.

Théophile Féau est l’un d’eux. Chaque mois, il se rendait en haut de l’une des tours du Trocadéro pour immortaliser l’ascension de la construction. Du 10 août 1887 au 2 avril 1889, 19 clichés de la dame de fer qui se déploie vers le ciel. J’admire la manière dont le photographe a, dès les premiers mois du chantier, anticipé le cadrage, inscrivant dans le vide la silhouette future du monument…

Théophile Féau La Tour Eiffel en construction, série de photographies, 1887-1889, Musée d'Orsay

Théophile Féau
La Tour Eiffel en construction, série de photographies, 1887-1889, Musée d’Orsay

 Le chantier pénétré: les photographies de Durandelle

Il existe des centaines d’autres vues de la tour en construction. Louis-Emile Durandelle, spécialisé dans la vue d’architecture suit, probablement pour le compte de Gustave Eiffel lui-même, les avancés du chantier. Le musée d’Orsay conserve quelques 133 clichés qui lui sont attribués, autant de preuves de sa présence régulière sur le Champ de Mars, et ce dès la pose des fondations.

Durandelle, 30 avril 1887, 30 avril 1887 : visite à la pile n° 1, photographie, fonds Eiffel, musée d'Orsay/RMN

Durandelle, 30 avril 1887, 30 avril 1887 : visite à la pile n° 1, photographie, fonds Eiffel, musée d’Orsay/RMN

Durandelle, 30 août 1887, les 4 piles de la Tour devant le Palais du Trocadéro , photographie, fonds Eiffel, musée d'Orsay/RMN

Durandelle, 30 août 1887, les 4 piles de la Tour devant le Palais du Trocadéro , photographie, fonds Eiffel, musée d’Orsay/RMN

Ne se contentant pas des simples cadrages frontaux, il photographie sous plusieurs angles l’élévation de la tour. Archivant la réalité du chantier, il réalise également des vues depuis les échafaudages, autant de photographies surprenantes pour nous, habitués à quelques images canoniques de l’emblème de Paris – les mêmes qui abondaient déjà dans la presse de l’époque.

Durandelle, 14 janvier 1888, Vue prise des chantiers prise de la 1ère plate-forme : l'échafaudage , photographie, fonds Eiffel, musée d'Orsay/RMN

Durandelle, 14 janvier 1888, Vue prise des chantiers prise de la 1ère plate-forme : l’échafaudage , photographie, fonds Eiffel, musée d’Orsay/RMN

150 à 300 ouvriers s’activaient quotidiennement sur le chantier, pourtant, la présence humaine reste très discrète sur les clichés de Durandelle. Sur une photographie de janvier 1888 – une des plus belles – on distingue deux ouvriers en conversation, au sommet d’une poutrelle, dans un costume presque pittoresque. Une observation attentive permet de distinguer quelques autres silhouettes dans la forêt de métal.

Durandelle, 14 janvier 1888, Ouvriers au travail sur les poutres métalliques , photographie, fonds Eiffel, musée d'Orsay/RMN

Durandelle, 14 janvier 1888, Ouvriers au travail sur les poutres métalliques , photographie, fonds Eiffel, musée d’Orsay/RMN

Il faut imaginer ce que fut ce chantier pour ses contemporains. Au-delà de la polémique que déclencher l’esthétique de la tour, ce chantier, véritable prouesse technique, ne pouvait que susciter l’attention. On bâtissait un monument qui allait rester durant 42 ans la plus haute construction au monde : 300 mètres, soit le double de la hauteur de la flèche de la cathédrale de Rouen, jusqu’à alors le plus haut monument français !

Un chantier aussi fascinant que bref : deux ans, deux mois et cinq jours (28 janvier 1887- 31 mars 1889) des fondations au sommet ! Mais surtout, le chantier se laissait voir, comme en témoignent ces nombreuses photographies : à partir de mai 1888, la structure de fer se délivre de ses échafaudages de bois : désormais, le montage se fera en porte-à-faux, les grues étant installées directement sur les plateformes des étages achevés…

Durandelle, 19 juillet 1888, La Tour Eiffel jusqu'au bas de la 2nde plate-forme, photographie, fonds Eiffel, musée d'Orsay/RMN

Durandelle, 19 juillet 1888, La Tour Eiffel jusqu’au bas de la 2nde plate-forme, photographie, fonds Eiffel, musée d’Orsay/RMN

Pour aller plus loin, mon précédent billet sur Louis-Emile Durandelle, le photographe et les architectes, publié à l’occasion de l’exposition de la bibliothèque des Arts Décoratifs

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